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8 Mar

Celle qui s’indigne #1


Lorsque j’ai annoncé au Honey le thème de mon prochain article suite à celui de Mardi Gras, il avait l’air étonné qu’il ne soit pas en rapport avec la journée de la femme. En réalité j’avais oublié l’arrivée du 8 mars… j’ai donc changé ma « programmation » pour vous parler un peu de mes impressions sur les inégalités hommes-femmes.

Certaines personnes de mon entourage disent parfois que je suis « féministe » ; je ne suis pas tout à fait d’accord ; comme j’ai coutume de le dire, je suis « égalitariste ». Il n’y a pas de qualificatif pour quelqu’un qui n’est pas raciste, c’est normal de ne pas être raciste ; et c’est l’inverse qui est abject. Mais bizarrement il existe le mot « féministe », souvent employé péjorativement pour parler de quelqu’un qui se bat contre les inégalités entre les hommes et les femmes ; comme si ça n’était pas normal d’être en faveur d’une égalité hommes-femmes et qu’il était donc nécessaire de poser des mots sur cet état d’esprit.

Je m’insurge à longueur de temps contre notre civilisation – et bien d’autres dans le monde – qui érige l’homme comme la personnalité dominante dans la société et dans la sphère privée. Souvent je relaye ce qui me choque sur mon compte Facebook et le Honey m’encourageait à créer un blog consacré à ce sujet. Finalement, vous vous en êtes rendus compte, je n’ai pas osé franchir le pas et c’est un blog au ton plutôt léger qui est sorti de nos cerveaux. Je n’étais pas sûre de savoir parler de ça correctement, d’intéresser les gens – si tant est que ce que je m’étale sur la figure ou que mes sorties puissent être intéressantes.

 

Je suis horrifiée par les femmes blasées par cette situation ou qui ne la voient même pas et écœurée par les hommes qui ne veulent rien changer à ce système qui leur est avantageux.

 

Evidemment il y a les différences très visibles : les filles sont meilleures que les garçons à l’école et pourtant elles deviennent femmes de ménage, cantinières et instit’ quand les hommes deviennent chirurgiens, chefs cuisiniers et professeur agrégé. Attention, il n’y a pas de sot métier ! N’empêche que ces professions sont moins valorisées notamment en raison de la rémunération qu’elles génèrent. Il y a également une foule de petits détails qui empoisonnent notre quotidien et cela dès l’enfance, histoire que les enfants soient conditionnés le plus tôt possible. Vous avez déjà vu un jeu des 7 familles numéroté où le numéro 1 est la femme et non l’homme ? Pourquoi une fille a-t-elle le droit d’être un garçon manqué alors qu’on flippe dès qu’un garçon joue avec une poupée ?

Récemment je me suis souvenue qu’étant enfant, dans les années 1990, j’ai reçu à un Noël une table à repasser et son fer ainsi qu’une machine à laver, le tout rose bonbon bien entendu. Combien de petits garçons ont reçu les mêmes jouets que moi cette année là ? Je n’aime pas trop l’idée d’acheter aux enfants des jouets en rapport avec les corvées du quotidien, ils ont bien le temps de devenir adulte pour ça ! Enfin, une FEMME adulte, surtout quand on voit la répartition des tâches ménagères aujourd’hui…

Autour de moi j’entends tout un tas de réflexions qui me mettent hors de moi, voici quelques exemples :

Un homme : « le repassage est une tâche féminine »

Une femme mariée : « je préfère travailler à mi-temps comme ça j’ai le temps de m’occuper de ma maison »

Un homme : « je n’ai pas le temps, après le boulot, de faire le ménage »

Un homme, il y a 15 jours, à propos de la parité dans les prochaines élections municipales : « nous avons du mal à trouver des femmes… elles sont en charge de famille et bien souvent elles travaillent ! »

Une femme : « cette femme n’est pas heureuse en ménage ; elle a épousé le premier venu pour pouvoir partir de chez ses parents » (dans les années 1980 !!!)

Un homme ouvrant son Tupperware pendant sa pause déjeuner : « qu’est-ce que ma femme m’a préparé aujourd’hui ??? »

Le même homme mangeant un plat tout prêt : « ma femme prend des cours du soir, elle n’a plus le temps de me préparer mon déjeuner… je suis dégouté »

Je me souviens aussi d’une grand-mère qui avait plusieurs petites filles mais un seul petit fils et qui était dérangée parce que le petit garçon aimait regarder les épisodes de Sissi l’Impératrice avec ses cousines. Elle a été un peu rassurée par la suite quand elle a compris qu’il était en adoration devant le prince Franz.

Une femme : «  tu as de la chance ton mari t’aide à la maison »

Cette phrase on me la dit souvent, et je rétorque immanquablement : chez nous ce n’est pas la femme qui fait tout et l’homme qui dans son extrême bonté l’aide quand il en a envie. Chacun vit dans la maison : il est donc normal que chacun contribue à parts égales à l’entretien de la maison tout comme nous payons les factures à parts égales – nos comptes sont séparés- tout comme nous prenons ensemble les décisions qui concernent notre foyer.

Attention, je ne veux pas dire que tous les individus, hommes et femmes, doivent être strictement identiques et interchangeables. Avec le Honey nous avons des différences bien marquées, et qui sont parfois les résidus de l’environnement et la société dans laquelle nous avons grandi. J’ai toujours vu ma mère cuisiner, bannir le « tout prêt » et les surgelés dégueulasses dangereux pour la santé ; j’ai les mêmes convictions et 90% du temps c’est moi qui cuisine et j’aime ça. Cependant le Honey maitrise parfaitement la cuisson du poisson et aime reproduire les recettes de sa maman ; pourquoi s’en priver?

J’adore crâner et dire que chez nous c’est l’homme qui passe l’aspirateur et recoud les boutons ; je récolte plusieurs réactions :

–          Soit je passe pour une « mauvaise ménagère », qui ne s’occupe ni de sa maison ni de son homme

–          Soit je passe pour une « castratrice » parce qu’un vrai homme c’est viril et ça ne passe pas l’aspirateur

–          Soit j’ai droit au fameux « tu as de la chance ton homme t’aide »  

Je rêve qu’on me réponde : « pas la peine de crâner, c’est comme ça chez tout le monde ! »

 

Parfois je me demande si, si j’avais vécu quelques décennies plus tôt, j’aurais accepté de me marier en sachant que le code civil mentionnait que l’homme était le chef de famille. J’espère que j’aurais dit non, déjà que la société impose aux femmes de changer de nom et donc d’identité. J’espère que j’aurais protesté contre l’obligation de demander l’autorisation à un homme (père ou époux) pour travailler ou ouvrir un compte bancaire.

Les inégalités hommes-femmes sont très difficiles à combattre parce qu’elles résultent parfois de cercles vicieux : je suis une femme donc je suis plus encline à obtenir un travail à temps partiel –> j’ai un travail à temps partiel donc je m’occupe de la maison et des enfants –> je m’occupe de la maison et des enfants donc je ne peux pas construire une carrière professionnelle.

 

Pour ce qui est des enfants c’est encore autre chose… je trouve que notre société exclut beaucoup trop les pères et les hommes en général. Je ne comprends pas pourquoi les hommes n’ont pas un congé de durée égale à celui des femmes. Bien évidemment les femmes doivent se remettre physiquement de l’accouchement, mais je pense que la famille doit se construire ensemble pendant plusieurs semaines après l’accouchement. Bien souvent, à la sortie de la maternité la mère se retrouve seule avec l’enfant, le père devant retourner chasser travailler. Alors elle fait parfois appel à sa mère pour venir l’aider, ce qui exclut un peu plus le père de l’aventure…

Forcément ensuite on entend certaines mères se gausser d’être capable de distinguer la nuit leurs différents enfants à leur façon de pleurer, de tousser… A-t-on laissé au père la possibilité d’établir un lien aussi fort? Je me permets de rappeler que l’instinct maternel n’existe pas !!! L’instinct, lorsqu’il existe est universel, si l’instinct maternel existait aucune femme ne serait capable de tuer son propre enfant…

Pourquoi les écoles accueillant les tous jeunes enfants s’appellent écoles maternelles ?

Pourquoi avons-nous peur de confier nos enfants à un assistant maternel – là encore le nom est bien choisi… – ? Parce qu’un homme ne sait pas s’occuper correctement des enfants ou parce qu’un homme qui aime les jeunes enfants est forcément pédophile ?

Souvent on peste contre les employeurs qui rechignent à embaucher des femmes ou essaient de leur imposer de ne pas tomber enceinte pendant les premières années de présence dans leur entreprise. Ces hommes savent très bien qu’une femme qui a des enfants est moins disponible sans doute parce que dans leur vie personnelle ils appliquent ce schéma : ils ne sont pas absents plusieurs mois quand ils ont un enfant, ils ne se débrouillent pas pour ne pas travailler le mercredi, ils ne sont pas appelés par l’école quand leur enfant est malade.

Je me souviens d’une réflexion d’Elisabeth Badinter dans son livre Le conflit: la femme et la mère : paradoxalement, il est parfois plus difficile de changer une habitude culturelle que naturelle. Il est naturel que les mammifères, dont nous faisons partie, produisent du lait pourtant nous sommes parvenus à contourner la nature avec le lait en poudre. En revanche, c’est généralement les mères qui s’occupent des enfants et donnent le fameux lait artificiel et ça c’est culturel ! Dans certaines tribus notamment en Asie (les  Khasi en Inde par exemple) les femmes dominent la société et les hommes restent à la maison avec les enfants – preuve s’il en fallait encore à certains que notre organisation sociétale patriarcale n’est pas un phénomène naturel. En effet, un comportement naturel est intrinsèque à l’être humain, il est universel et par conséquent identique partout sur la planète. (Merci les sciences économiques et sociales au lycée!)

 

Voilà quelques-unes de mes réflexions et interrogations sur ce sujet intarissable ; à bientôt pour un billet plus léger et en attendant : bon week-end ensoleillé !!!

emeline
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