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12 Jan

Celle qui est Charlie

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Après quelques jours d’un silence qui se voulait respectueux, je reviens avec un billet un peu particulier pour évoquer, vous vous en doutez, les récents évènements qui ont touché notre pays.

Mercredi 7 janvier au matin, je déambule naïvement dans les rues de Nantes à la recherche de bonnes affaires : c’est le 1er jour des soldes d’hiver. Quelques minutes plus tard, je fais la queue pour payer un pantalon, il y a du monde, je patiente en surfant sur mon Smartphone. Une de mes applications m’envoie une alerte : « fusillade au siège de Charlie Hebdo, au moins 10 morts ».

Charlie-HebdoIls ont dû faire une coquille, ça doit être « 1 » et pas « 10 » morts, ça serait trop énorme.

Je rentre chez moi, j’allume la radio : « 12 morts », plusieurs blessés dont certains en état grave, édition spéciale… OK c’est vraiment énorme.

Je vais chez le kiné, il me parle de Charlie Hebdo. Dans la salle d’exercices, les autres kinés parlent avec leur patient de Charlie Hebdo.

Des rassemblements se mettent en place pour la fin de la journée. Malheureusement je n’ai pas pu me rendre place Royale à Nantes, j’aurais voulu brandir un crayon aux côtés de mes concitoyens. Je poste néanmoins ma petite contribution à l’immense soutien national sur les réseaux sociaux.

Capture

Le Honey rentre à la maison, on parle de Charlie Hebdo.

Je tombe sur une chaîne d’info en continue, toujours les mêmes infos en boucle sur le bandeau en bas de l’écran.

Soudain je vois « des perquisitions en cours à Reims ». Je n’en crois pas mes yeux, c’est de ma région d’origine dont on parle alors que depuis le matin seule la région parisienne est évoquée. Le bandeau ne repasse pas, je change de chaîne, je cherche sur Internet, je ne retrouve pas l’info à propos de Reims.

Soit j’ai rêvé, soit ils ont diffusé une info qu’il ne fallait pas et l’ont retirée de suite. Pendant plus d’une heure je me pose la question.

Plus tard dans la soirée j’ai su que je n’avais pas rêvé : les journalistes parlent effectivement de perquisitions à Reims mais également à Charleville-Mézières, et là ça fait encore plus mal. J’ai vécu trois ans dans chacune de ses deux villes, elles sont chères à mon cœur. C’est ma région, ce sont mes racines. Savoir que l’horreur peut émerger de là me rend triste.

Jeudi 8 janvier, c’est mon premier jour de travail de l’année. Vu le contexte je ne sais pas trop si je dois souhaiter une bonne année à mes collègues mais je le fais. On me demande de mes nouvelles et très vite on parle de Charlie Hebdo ; une collègue s’est volontairement habillée en noir. Quelqu’un me dit « ils viennent de chez toi ».

Nouvelle fusillade, à Montrouge. Une femme policier est morte. Y-a-t-il un lien avec la 1ère affaire ?

Je rentre à la maison, j’oscille entre radio et chaînes télé d’info. Je pense aux gens dont les maisons sont fouillées, à la peur que les terroristes soient chez eux, à la fatigue des agents des forces de l’ordre.

Le RAID et le GIGN sont mobilisés, pour la 1ère fois, en même temps. Je me dis qu’ils ont une piste sérieuse, je suis sûre qu’ils vont les trouver ce soir. Je revis la traque de Merah.

Avant de me coucher je me rends compte que les recherches s’affaiblissent, ils ne les trouveront pas ce soir. Je ne veux pas passer une nuit sans savoir. Où sont-ils ?

Vendredi 9 janvier, malheureusement il n’y a pas d’info supplémentaire à la radio lorsque je me lève. J’entends le témoignage de Laurent Léger, rescapé de la tuerie, sur Europe 1. Son récit est poignant. Au travail on mange la galette des rois en discutant de tout ce qu’on voit sur Internet : les quelques personnes qui se sont réjouies de ce massacre, les théories de complot qui émergent. Des pensées qui ne sont pas dominantes mais bien visibles.

Dans la matinée je vois sur Google qu’ils ont été repérés. Ouf.

Ils ont un otage. Merde.

Pendant que je travaille, j’actualise de temps en temps la page d’actualité de Google. F5, F5, F5… Rien ne bouge.

En fin de matinée le lien est fait avec le tireur de Montrouge.

Le midi je déjeune chez moi, toujours devant les chaînes d’info.

Soudain: deuxième prise d’otages. Quand est-ce que tout cela va s’arrêter?

Je me rends à un rendez-vous. Dans la salle d’attente nous sommes plusieurs à jouer frénétiquement avec nos Smartphones.

Les deux assault sont lancés simultanément.

“Mme Prose&Mascara?” c’est mon tour.

Je sors, dans la rue je regarde mon téléphone: ils sont morts tous les trois.

Je rentre, je regarde les chaînes d’info. Il n’y avait pas d’otage dans l’imprimerie. Ouf.

Plusieurs otages sont morts Porte de Vincennes. Merde.

J’éprouve une sorte de soulagement mais la peur que cela recommence est toujours là.

Samedi 10 janvier, je me rends à la marche silencieuse organisée à Nantes. Il y a énormément de monde mais aucune bousculade, tout se passe bien. Des vagues d’applaudissements rythment le cortège.

 nantes-gigantesque-marche

Dimanche 11 janvier, rassemblement inédit à Paris. Du “jamais vu” depuis la Libération de Paris qu’ils disent.

Lundi 12 janvier, la vie reprend son cours.

hommage-jesuischarlieJe l’avoue, je n’ai jamais acheté Charlie Hebdo. Je connaissais bien sûr le journal mais je n’ai pris la mesure de ce qu’il représentait que lors de « l’affaire des caricatures » ; j’étais en Terminale, dans un lycée de Charleville-Mézières…

Je l’avoue, j’ai peur. Peur que ça ne soit que le début, peur que cela donne des idées à des déséquilibrés. J’ai également peur des réactions extrêmes, des « représailles » que cela pourrait engendrer. Et surtout, j’ai peur des amalgames.

Je l’avoue, j’ai un peu honte de m’indigner maintenant alors que ce journal était en train de crever. Est-ce propre à la nature humaine de se rendre compte de ce qu’elle a une fois qu’elle l’a perdu ? Il est probable que j’achète le numéro de mercredi mais je regrette de ne pas l’avoir fait avant.

Je l’avoue, je suis fière de mon pays, il s’est levé comme un seul homme. Je suis fière d’appartenir à la même nation que ces femmes et ces hommes qui sont morts.

bébé charlieLa vie reprend ses droits mais la France n’est plus tout à fait la même qu’avant. Je crois qu’elle est un peu meilleure. J’espère qu’elle le restera.

Nous sommes des millions a avoir été choqués par ces assassinats mais il ne faut pas s’empêcher de vivre, il faut continuer à vivre comme avant, être encore plus vivant grâce à la force que nous donnent ceux qui sont tombés. Voilà pourquoi, malgré la futilité qui peut caractériser l’activité de blogueuse, je continue sur ma petite lancée. Prendre davantage conscience de notre monde ne doit pas nous ôter notre insouciance, c’est elle qui nous permet de voir la beauté qui est en chacun de nous, dans chaque Charlie. Nous sommes tous Charlie.

where is charlie

A bientôt pour un billet un peu plus léger 😉

emeline
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